vendredi 20 septembre 2019

A fleur de Femme !






Maintenant que la jeunesse 
S'éteint au carreau bleui 
Maintenant que la jeunesse 
Machinale m'a trahi
Maintenant que la jeunesse 
Tu t'en souviens souviens-t-en
Maintenant que la jeunesse
Chante à d'autres le printemps






Maintenant que la jeunesse
Détourne ses yeux lilas
Maintenant que la jeunesse
N'est plus ici n'est plus là
Maintenant que la jeunesse
Sur d'autres chemins légers
Maintenant que la jeunesse

Suit un nuage étranger
Maintenant que la jeunesse
A fui voleur généreux
Me laissant mon droit d'aînesse
Et l'argent de mes cheveux
Il fait beau à n'y pas croire
Il fait beau comme jamais



Quel temps quel temps sans mémoire
On ne sait plus comment voir
Ni se lever ni s'asseoir
Il fait beau comme jamais
C'est un temps contre nature
Comme le ciel des peintures
Comme l'oubli des tortures











Il fait beau comme jamais 
Frais comme l'eau sous la rame
Un temps fort comme une femme
Un temps à damner son âme
Il fait beau comme jamais
Un temps à rire et courir
Un temps à ne pas mourir.....







Aragon, « Le cri du butor » (extrait) 


mercredi 18 septembre 2019

Je suis personne! Qui êtes-vous?





Je suis personne! Qui êtes-vous? 
Etes-vous —personne —aussi? 
Alors nous faisons la paire! 
Silence! on nous chasserait —vous savez! 
Que c'est pénible —d'être— quelqu'un! 
Que c'est commun —comme une grenouille
De dire son nom —tout au long de juin— 
Au marais qui admire!



Emily Dickinson




samedi 14 septembre 2019

Je recherche l’Autre !




À force de m’écrire
Je me découvre un peu
Je recherche l’Autre

J’aperçois au loin
La femme que j’ai été
Je discerne ses gestes
Je glisse sur ses défauts
Je pénètre à l’intérieur
D’une conscience évanouie
J’explore son regard
Comme ses nuits

Je dépiste et dénude un ciel
Sans réponse et sans voix
Je parcours d’autres domaines
J’invente mon langage
Et m’évade en Poésie

Retombée sur ma Terre
J’y répète à voix basse
Inventions et souvenirs

À force de m’écrire
Je me découvre un peu
Et je retrouve l’Autre.

Andrée Chedid " l'Autre "




jeudi 12 septembre 2019

Je taille MA route !

Dés le matin, par les grand'routes coutumières
Qui traversent champs et vergers
Je suis parti clair et léger
Le corps enveloppé de vent et de lumière


Je vais , je ne sais où. Je vais, je suis heureux
C'est fête et joie en ma poitrine
Que m'importent droits et doctrines
Le caillou sonne et luit sous mon talent poudreux 


























Je marche avec l'orgueil d'aimer l'air et la terre
D'être immense et d'être fou
Et de mêler le monde et tout
A cet enivrement de vie élémentaire.


Oh ! les pas voyageurs et clairs des anciens dieux 
Je m'enfouis dans l'herbe sombre 
Où les chênes versent leurs ombres 
Et je baise les fleurs sur leur bouche de feu.



Les bras fluides et doux des rivières m' accueillent 
Je me repose et je repars
Avec mon guide : le hasard 
Par des sentiers sous bois dont je mâche les feuilles


Il me semble jusqu'à ce jour n'avoir vécu 
Que pour mourir et non pour vivre
Oh! quels tombeaux creusent les livres 
Et que des fronts armés y descendent vaincus !



Dites, est-il vrai qu'hier il existât des choses 
Et que des yeux quotidiens 
Aient regardé avant les miens 
Se pavoiser les fruits et s'exalter les roses !


Pour la première fois, je vois les vents vermeils
Briller dans la mer des branchages
Mon âme humaine n'a point d'âge 
Tout est jeune, tout est nouveau sous le soleil 


J'aime mes yeux, mes bras, mes mains, ma chair, mon torse
Et mes cheveux amples et blonds
Et je voudrais par mes poumons
Boire l'espace entier pour en gonfler ma force


Oh ! ces marches à travers bois, plaines, fossés
Où l'être chante et pleure et crie
Et se dépense avec furie 
Et s'enivre de soi ainsi qu'un insensé !


Emile Verhaeren "Un matin" Les forces tumultueuses  


mercredi 11 septembre 2019

A change is coming...

Coming closer sweet release ...



J'ai cru pouvoir briser la profondeur de l'immensité
Par mon chagrin tout nu sans contact sans écho
Je me suis étendu dans ma prison aux portes vierges
Comme un mort raisonnable qui a su mourir








Un mort non couronné sinon de son néant
Je me suis étendu sur les vagues absurdes
Du poison absorbé par amour de la cendre
La solitude m'a semblé plus vive que le sang





Je voulais désunir la vie
Je voulais partager la mort avec la mort
Rendre mon coeur au vide et le vide à la vie
Tout effacer qu'il n'y est ait rien ni vire ni buée

Ni rien devant 
Ni rien derrière rien entier
J'avais éliminé le glaçon des mains jointes
J'avais éliminé l'hivernale ossature
Du voeu de vivre qui s'annule



Tu es venue le feu s'est  alors ranimé
L'ombre a cédé le froid d'en bas s'est étoilé 

Et la terre s'est recouverte
De ta chair claire  et je me suis senti léger
Tu es venue la solitude était vaincue
J'avais un guide sur la terre je savais
Me diriger je me savais démesuré

J'avançais je gagnais de l'espace et du temps





J'allais vers toi j'allais sans fin vers la lumière 
La vie avait un corps l'espoir tendait sa voile
Le sommeil ruisselait de rêves et la nuit

Promettait à l'aurore des regards confiants
Les rayons de tes bras entrouvraient le brouillard

Ta bouche était mouillée des premières rosées
Le repos ébloui remplaçait la fatigue

Et j'adorais l'amour comme à mes premiers jours


Les champs sont labourés les usines rayonnent 
Et le blé fait son nid dans une houle énorme
La moisson la vendange ont des témoins sans nombre

Rien n'est simple ni singulier

La mer est dans les yeux du ciel ou de la nuit
La forêt donne aux arbres la sécurité
Et les murs des maisons ont une peau commune
Et les routes toujours se croisent




Les hommes sont faits pour s'entendre
Pour se comprendre pour s'aimer 
Ont des enfants qui deviendront pères des hommes 

Ont des enfants sans feu ni lieu
Qui réinventeront les hommes 
Et la nature et leur patrie 
Celle de tous les hommes 
Celle de tous les temps

Paul Eluard  "La mort, l'amour, la vie "



mardi 10 septembre 2019

Tombée dans l'escalier ...



Vous êtes tombés malades, vous êtes tombés en amour, vous êtes tombés dans l'escalier ; donc toute la problématique est dans la chute !
Claude Péloquin























Je ne connais qu'une alchimie qui donne de la beauté à l'âge, dit Clara en remontant les escaliers : le sentiment !
La prochaine fois - Marc Levy



Quand je monte, je monte chez toi, j'ai le cœur qui saute, qui saute de joie.
 Erik Orsenna ; La fabrique des mots (2013).





jeudi 5 septembre 2019

Oblivisceris me non ...

















Si tu m'oublies
Je veux que tu saches
une chose

Tu sais ce qu'il en est:
si je regarde 
la lune de cristal, la branche rouge
du lent automne de ma fenêtre
si je touche
près du feu
la cendre impalpable
ou le corps ridé du bois
tout me mène à toi 
comme si tout ce qui existe
les arômes, la lumière, les métaux
étaient de petits bateaux qui naviguent
vers ces îles à toi qui m'attendent 









Cependant
si peu à peu tu cesses de m'aimer 
je cesserais de t'aimer peu à peu

Si soudain
tu m'oublies
ne me cherche pas 
puisque je t'aurais aussitôt oubliée 







Si tu crois long et fou
le vent de drapeaux
qui traversent ma vie 
et tu décides 
de me laisser au bord
du coeur où j'ai mes racines
pense
que ce jour là
à cette même heure
je lèverais mes bras
et mes racines sortiront
chercher une autre terre





Mais
si tous les jours
à chaque heure
tu sens que tu m'es destinée
avec une implacable douceur
Si tous les jours monte
une fleur à tes lèvres me chercher 
ô mon amour, ô mienne 
en moi tout ce feu se répète 
en moi rien ne s'éteint ni s'oublie 























mon amour se nourrit de ton amour, ma belle 

et durant ta vie il sera entre tes bras
sans s'échapper des miens 


Pablo Neruda " si tu m'oublies " traduction de Ricard Ripoll i Villanueva