dimanche 24 juin 2018

La blessure vit au fond du coeur ...

Je dois me fabriquer un sourire, m'en armer, me mettre sous sa protection 
avoir quoi interposer entre le monde et moi 
camoufler mes blessures, faire enfin l'apprentissage du masque.
Cioran "Cahiers"


 “La blessure est le lieu par où la Lumière entre en vous.”

Jalal Al-Din Rûmi




lundi 18 juin 2018

l'Amour me mène !


Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie 
J’ai chaud extrême en endurant froidure :
La vie m’est et trop molle et trop dure.
J’ai grands ennuis entremêlés de joie.

Tout à un coup je ris et je larmoie
Et en plaisir maint grief tourment j’endure 
Mon bien s’en va, et à jamais il dure 
Tout en un coup je sèche et je verdoie.

Ainsi Amour inconstamment me mène 
Et, quand je pense avoir plus de douleur
Sans y penser je me trouve hors de peine.

Puis, quand je crois ma joie être certaine
Et être au haut de mon désiré heur
Il me remet en mon premier malheur.


Louise Labé " je vis, je meurs ; je me brûle et me noie "

mardi 12 juin 2018

Les fleurs du silence ...


sont les mots que l'on a pas dits !































Par un soir ténébreux de l'arrière saison
Dans un coup de rafale une graine emportée
Tombant contre les murs d'une haute prison
Entre de vieux pavés mal joints s'est arrêtée


Dans ce lit de hasard elle dort tout l'hiver
Sous des blocs de granit froidement inhumée
Mais quand au tiède avril le ciel bleu s'est ouvert
Elle tressaille et germe où le vent l'a semée

Alors, comme sortant d'un funèbre sommeil 
Elle émerge à grand'peine et s'exhausse de terre 
Et d'un suprême effort aspirant au soleil 
Elle frémit d'espoir, la pauvre solitaire 

Puis, grâce à de longs jets flexibles et rampants
S'attachant par saut brusque ou par lente caresse 
Comme la vigne vierge et les rosiers grimpants
Elle escalade en fin la haute forteresse

Quand elle arrive au bout de son rude chemin 
Montant jusqu'au rebord d'une étroite fenêtre 
Elle étale sa fleur près d'un visage humain
Qu'elle a vu triste et pâle à la grille apparaître 

A plein coeur exhalant son parfum printanier
La fleur s'épanouit ... et meurt dans la soirée 
Mais elle s'est ouverte aux yeux du prisonnier  
Qui seul a pu la voir, qui seul l'a respirée 


André Lemoyne "Fleur solitaire"




samedi 9 juin 2018

I dream of love always !

Il y a tant d'hommes et femmes qui se ratent! Qu'est-ce qu'ils deviennent? 
De quoi vivent-ils? C'est terriblement injuste. 
Il me semble que si je ne t'avais pas connu, j'aurais passé ma vie à te haïr.
Romain Gary " clair de femme "



Je rêve encore de tomber amoureux, mais ce qu'on appelle tomber !...
Seulement à soixante ans, c'est très difficile, à cause du manque d'espace, d'horizon devant soi...
Ça manque de large, maintenant, on ne peut plus s'élancer...
L'amour, ça va très mal avec les restrictions, les limites, avec le temps qui t'est compté
 il faut croire qu'on a toute la vie devant soi pour s'élancer vraiment 
Romain Gary "  la nuit sera calme "

dimanche 29 avril 2018

Si tu rencontres ...



Si tu rencontres un amant épris, éperdu
Avec dans sa faim une satiété
Et dans sa soif, assouvie à la source
Une retenue

Et que les gens disent :
« C’est un fou !
que peut-il bien vouloir de l’amour ?
qu’espère-t-il de tant de patience ? »


« Est-ce pour Une telle
qu’il verse ces larmes de sang ?
alors qu’elle n’a rien de merveilleux
ni de remarquable ? »

Dis-leur que ce sont eux les sourds et les démunis
morts avant d’être nés
comme connaîtraient-ils l’essentiel qui fait vivre
sans l’avoir expérimenté ?


Khalil Gibran -  " extrait du Chant 12 du Livre des Processions "



mardi 3 avril 2018

Il y a l'autre ...



Il y a l'autre dans un état où je sais que je ne pourrai jamais le rejoindre parce qu'il est abîmé - dans tous les sens du terme - dans un songe, dans une pensée, dans un amour ou dans une détresse qui n'est qu'à lui, qui n'est connaissable que de lui, et qui n'est peut-être même pas exprimable, et en même temps et c'est là où que j'éprouve ce qui de lui et de moi appartient à un socle commun, appartient à la même humanité. 
Je sais à ce moment là, que je suis fait comme lui, de la même matière. 
Perdue, exposée, faible ... et lumineuse, irradiante.

Christian Bobin " dialogue sur la solitude"



dimanche 21 janvier 2018

Impossible Amour possible ...

Je ne suis pas de ceux que l'amour console. 
Il en va bien ainsi .
Qu'est-ce, en effet, qui me serait plus inutile à la fin qu'une vie consolée  



L’amour d’un être humain pour un autre, c’est peut-être l’épreuve la plus difficile pour chacun de nous.

 Rainer Maria Rilke


vendredi 12 janvier 2018

ai vida ...


Le bonheur est parti - on le demande ailleurs -
mais la terre est trop petite pour un trop grand malheur - 
le bonheur en partant -  a dit qu'il reviendrait.
Jacques Prévert 




Les mots sont nourriture
Ils passent dans le silence
qui est un coeur fragile 
que nous avons 
tant que nous sommes en vie.
Un coeur discret courtois 
Un vrai coeur comme l'autre
Nos paroles y descendent 
Pour y être lavées 
Parfois il s'affole 
On se demande vraiment pourquoi 
Parfois il cesse de battre
et c'est ce que nous avons mangé 
trop de mensonges bien trop de mots 

Christian Bobin " La vie passante " 






samedi 30 décembre 2017

River Of No Return ....


L'intelligence est la force solitaire d'extraire du chaos de sa propre vie 
la poignée de lumière suffisante pour éclairer un peu plus loin que soi 
vers l'autre là-bas
Comme nous égaré dans le noir 
Christian Bobin "l'inespérée"














Ce que l'on apprend dans les livres c'est la grammaire du silence 
la leçon de lumière.
Il faut du temps pour apprendre.
Il faut tellement du temps pour s'atteindre 
Christian Bobin "la part manquante" 



























Être vivant, c'est être vu , entrer dans la lumière d'un regard aimant
Christian Bobin "l'inespérée"




samedi 23 décembre 2017

Reste. N'allume pas la lampe ...




Reste. N'allume pas la lampe. Que nos yeux
S'emplissent pour longtemps de ténèbres, et laisse
Tes bruns cheveux verser la pesante mollesse
De leurs ondes sur nos baisers silencieux.

Nous sommes las autant l'un que l'autre. Les cieux
Pleins de soleil nous ont trompés. Le jour nous blesse.
Voluptueusement berçons notre faiblesse
Dans l'océan du soir morne et délicieux.


Lente extase, houleux sommeil exempt de songe
Le flux funèbre roule et déroule et prolonge
Tes cheveux où mon front se pâme enseveli...

Ô calme soir, qui hais la vie et lui résistes
Quel long fleuve de paix léthargique et d'oubli
Coule dans les cheveux profonds des brunes tristes.


Catulle MENDÈS  " Recueil : Soirs moroses Reste. N'allume pas la lampe... "




jeudi 14 décembre 2017

Quand ce soir tu t'endormiras ...




Quand ce soir tu t'endormiras
Loin de moi, pour ta triste nuit 
En songe pose sur mon bras 
Ton beau col alourdi d'ennui.


Jette vers moi ce qui t'encombre
Défais-toi des mornes pensées
Je les ramasserai dans l'ombre






Comme une glaneuse insensée
Ivre d'amour, et qui dénombre
Des roses, des lys, des pensées...
Anna de Noailles " recueil de l'amour " 


mardi 31 octobre 2017

Je serais peut-être plus seule ...





Je serais peut-être plus seule
Sans la Solitude –
Tant je me suis faite à mon Sort –
L’Autre – la Quiétude –

Pourrait rompre la Ténèbre –
Encombrer la petite Chambre –
Trop étriquée – de loin – pour contenir
Le Sacrement – de Sa Personne –

L’Espoir m’est étranger –
Il pourrait déranger –
Son doux cortège – profaner le lieu –
A la Souffrance consacré –

Il est peut-être plus facile
De faillir – la Terre en Vue –
Que de gagner – ma Bleue Péninsule –
Pour y périr – de Volupté –

Emily Dickinson – Je serais peut-être plus seule

lundi 9 octobre 2017

de l'amour ...







L'amour 
Éperon du souffle
Recouvre nos fêlures
Pacifie nos gisements
Tisonne nos cendres
Soulève la voûte obscure.
Andrée Chedid  "preuves de l'amour"

dimanche 20 août 2017

L'attente ...


Rien n'est plus délicieux que l'attente de ce qui paraît inéluctable.
Anne Bernard " le soleil sur la façade "



Nous pouvons vivre seuls, pourvu que ce soit dans l'attente de quelqu'un.
Gilbert Cesbron  / Journal sans date

L’attente est une chose complexe. 
On parcourt de très grandes distances, tout en restant parfaitement immobile.
Grazyna Jagielska / Amour de pierre



Derrière l'attente, il y a tout : la permission gratuite d'évoquer un beau visage ou de dialoguer avec une ombre.
Dominique Blondeau / Les Visages de l'attente

Dans l'attente on souffre tant de l'absence de ce qu'on désire qu'on ne peut supporter une autre présence.

Marcel Proust / A la recherche du temps perdu


lundi 7 août 2017

En vain peut-être ...




Royalement, — peut-être en vain, —
Car, hélas ! à l’heure qu’il est
J’ignore encor ce qui te plait
Je t’ai fait des cadeaux divins !

Sans que tu puisses t’en douter
Et comme un jardin pour les dieux
Mon cœur te situe au milieu
De tous mes immortels étés.

Et cependant que sous ton toit
Tu ne rêves peut-être à rien
Je vois d’un œil aérien
Ce grand ciel que j’ai mis sur toi…


Anna de Noailles  "royalement, peut-être en vain "