lundi 2 juin 2014

Les fleurs du silence ...


sont les mots que l'on a pas dits !































Par un soir ténébreux de l'arrière saison
Dans un coup de rafale une graine emportée
Tombant contre les murs d'une haute prison
Entre de vieux pavés mal joints s'est arrêtée


Dans ce lit de hasard elle dort tout l'hiver
Sous des blocs de granit froidement inhumée
Mais quand au tiède avril le ciel bleu s'est ouvert
Elle tressaille et germe où le vent l'a semée

Alors, comme sortant d'un funèbre sommeil 
Elle émerge à grand'peine et s'exhausse de terre 
Et d'un suprême effort aspirant au soleil 
Elle frémit d'espoir, la pauvre solitaire 

Puis, grâce à de longs jets flexibles et rampants
S'attachant par saut brusque ou par lente caresse 
Comme la vigne vierge et les rosiers grimpants
Elle escalade en fin la haute forteresse

Quand elle arrive au bout de son rude chemin 
Montant jusqu'au rebord d'une étroite fenêtre 
Elle étale sa fleur près d'un visage humain
Qu'elle a vu triste et pâle à la grille apparaître 

A plein coeur exhalant son parfum printanier
La fleur s'épanouit ... et meurt dans la soirée 
Mais elle s'est ouverte aux yeux du prisonnier  
Qui seul a pu la voir, qui seul l'a respirée 


André Lemoyne "Fleur solitaire"




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